Tunisia is one of the key near-shoring destinations for (French speaking) Europe. Therefore, the recent events in this country, kicking of the so called ‘Arabic Spring’, are of relevance from the point of view of this website. For this reason, we will try to understand the origins of this movement, to determine the impact on the Tunisian near-shoring industry and to draw lessons for comparable markets.
In doing this, we will benefit from the contribution of a graduate from the Masters in Information Systems program of HEC Lausanne (University of Lausanne, Switzerland). After completing his studies, Mr. Mohamed Aziz Baccouche returned to his home country Tunisia and has established himself as a consultant and a writer.
In this first contribution, Mr. Baccouche leads us to the origins of the Jasmin Revolution (text in French, English translation to come).
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TUNISIE - LES CHAINES BRISEES
Si, un jour, le peuple décidait de vivre, le destin devrait y consentir,
De même que la nuit se dissipe, les chaînes finissent par se briser.
(Aboul Kacem ECHABBI, poète tunisien, 1909-1933)
Le 14 Janvier 2011, les tunisiens ont réussi à mener à bien la première révolution populaire du monde arabe au nom de la démocratie, de la dignité et de la liberté. Cette date a mis sur le devant de la scène un peuple soucieux de liberté autant que de pain.
Les femmes et les hommes de ce pays avaient un rendez-vous avec l’Histoire. L’Histoire qui nous rappelle que ce n’est pas la première fois que la Tunisie a servi en phare en Méditerranée. Cette terre est historiquement celle du commerce, de l’échange, de l’ouverture à l’autre depuis la fondation de Carthage il ya vingt sept siècles. Grâce à l’héritage civilisationnel accumulé depuis près de trois mille ans, la Tunisie a toujours été en avance sur son environnement géopolitique
En effet, les réformateurs tunisiens ont été les premiers a abolir l’esclavage en 1846, à promulguer la première constitution écrite du monde arabe en 1861 et à instaurer le « code du statut personnel » en 1956, qui accorda aux femmes leurs droits et qui constitue la référence pour le monde arabe dans ce domaine.
A l’aube de ce 21ème siècle, la Tunisie est redevenue ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : exemplaire. Cette fois ci, c’est la jeunesse et la population de la Tunisie profonde qui se sont soulevées puis se sont révoltées. Elles ont constitué la substance même de cette révolution, en agissant sans armes mais avec beaucoup de courage et de rage de vivre contre un mode de gouvernance dictatorial et une idéologie sécuritaire. Ce sont des évènements historiques, déterminants qui donnent une nouvelle orientation au pays avec un point de non-retour.
Les raisons de la colère
Le 5 janvier 2008, le bassin minier de Gafsa, situé au sud-ouest de la Tunisie, région riche en phosphates mais durement frappée par le chômage, a connu un fort mouvement social. Dans cette région où la Compagnie des Phosphates de Gafsa régnait en maître absolu, des jeunes et des moins jeunes, chômeurs et travailleurs se sont mobilisés afin de dénoncer un régime de spoliation, de pillage économique et social dont les principales résultantes étaient la pauvreté et le chômage de masse. Ce fut les plus importants troubles sociaux connus par la Tunisie depuis l’arrivée du président Ben Ali au pouvoir en 1987.
La révolte pacifique du bassin minier de Gafsa a duré près de six mois et a été réprimée par les autorités tunisiennes occasionnant des morts, des centaines d’arrestations et des actes de tortures de divers étudiants, militants, opposants, journalistes et personnalités du monde associatif et syndical.
Le 3 Mars 2010, Abdessalem Trimeche, jeune tunisien, s’est immolé devant la municipalité de la ville de Monastir après s’être fait confisquer la charrette qui lui servait de boutique pour son commerce ambulant et seule source de revenu pour sa famille. En effet, la police municipale a procédé à cette confiscation suite au refus de la demande d’autorisation pour ce commerce déposée par le jeune Trimeche.
Cet ultime acte de désespoir et de refus de l’ordre établi des saisies arbitraires , dû au sentiment de mépris et au manque de perspectives chez des jeunes vivant dans un etat de précarité extrême, a soulevé les masses et attisé les passions dans cette région côtière de la Tunisie. Mais la révolte des tunisiens qui y vivaient a été encore une fois réprimée par les autorités tunisiennes.
Par ailleurs, les télégrammes diplomatiques américains dévoilés par WikiLeaks et décrivant la corruption au plus haut niveau du régime du président Ben Ali et le népotisme qui régnait dans la famille de ce dernier, ont suscité la fureur de la population était aussi l’une des causes du mouvement sociétal qu’a connu le pays et où les technologies de l’information et de communication, et spécialement internet ont joué un rôle déterminant et primordial.
L’étincelle Bouazizi
Le 17 Décembre 2010, c’est au tour de Mohamed Bouazizi, 26 ans, jeune marchand ambulant de fruits et légumes de s’immoler pour les mêmes raisons que Abdessalem Trimeche. Il se suicida devant le siège du gouvernorat de Sidi Bou Zid, au centre-ouest de la Tunisie. Le jeune Bouazizi devient un symbôle dans la région. Un autre jeune chômeur mit fin à ses jours à Sidi Bouzid, Houcine Neji, 24 ans, qui s’électrocuta volontairement en grimpant sur un pylône électrique.
Fatiguée par le chômage, le coût élevé de la vie et le sentiment d’être laissée pour compte dans des régions défavorisées, la population de la Tunisie profonde est descendue dans la rue et des émeutes sociales se sont éclatées
En effet, plusieurs manifestations ont été menées par des centaines voir des milliers de Tunisiens dans plusieurs villes de la Tunisie, et c’est grâce aux réseaux sociaux, et spécialement Face book que les rassemblements se sont organisés et que les jeunes tunisiens des autres villes dans le pays ainsi que les medias étrangers ont pu avoir connaissances de l’état d’ébullition dans lequel vivait le pays, et où l’information est strictement contrôlée. Mais le mutisme et la désinformation n’ont servi à rien. Photos, vidéos des affrontements entre la population et les forces de l’ordre ont déferlé sur facebook et sont parvenus aux chaînes satellitaires pour mettre à nu les pratiques criminelles du régime de ben Ali.
Encore une fois, la police a tenté de briser le mouvement populaire, causant la mort de plusieurs personnes. Mais cette fois, c’était la goutte qui a fait déborder le vase. Cette répression horrible n’a fait qu’attiser le feu.
Face au mépris, un seul mot d’ordre : « Dégage »
En effet, galvanisée par une charge émotionnelle exceptionnelle et une volonté de forcer le destin et de changer le cours de l’Histoire afin de voir la Tunisie enfin libre, démocrate et prospère, les jeunes et la population de la Tunisie profonde ont fait preuve d’une maturité politique et culturelle en offrant un lot de martyrs, tués en grande partie par des tireurs d’élite de la garde présidentielle en défiant le dispositif de répression colossal autour de la capitale où se trouvait d’une part le ministère de l’intérieur, symbole de cette répression et d’autre part, le palais présidentiel de Carthage, symbole de la dictature. Les forces révolutionnaires n’avaient plus rien à perdre.
Par ailleurs, la nature et la profondeur des revendications n’ont jamais été réellement évaluées puisque le président déchu dans ses discours suite à ces émeutes a accordé très peu et trop tard.
Résultat du compte, en moins d’un mois la révolution tunisienne que les occidentaux ont nommée la « révolution du Jasmin » ( La Tunisie est connue par la culture de cette fleur odorante), a fini par renverser l’une des dictatures les plus coriaces de ce début du 21ème siècle et acculer l’ancien président Ben Ali après un pouvoir de 23 années à une fuite sans gloire le 14 Janvier 2011.
S’il y a une leçon à tirer de cette première révolution du 21ème siècle, est bien celle qui nous a été enseigné par l’historien universel Abderrahmen IBN KHALDOUN, qui nacquit en Tunisie il ya six siècles : « La justice, est le socle du vivre-ensemble, tandis ce que l’injustice est annonciatrice de déliquescence ».
Mohamed Aziz Baccouche